Je revenais à mes animaux, à ma campagne, à ma musique et à toutes ces bizarreries qui avaient fait le succès de la collection noir et or des éditions Robert Laffont : un curieux mélange de terroir et d'étrange. Pour ce qui est de l'étrange, il faut dire que j'avais déjà bien les doigts dans la prise, et vu les circonstances, il n'y avait pas grand chose qui me retenait de m'y enfoncer plus encore. Alors, quitte à… , il m'a semblé que cela valait la peine d'être vécu.
Il y avait une alchimie qui s'opérait en moi, presque malgré moi, et qui me faisait autre, ou plus proche de ce que je suis que je ne l'avais jamais été. Comme la lame qu'on remet au feu pour la rendre à la fois plus pure et plus solide, je m'abandonnais à un curieux creuset qui me défaisait autant qu'il me faisait naître à nouveau. Quoiqu'il m'en coûtait, j'y retournais parce que j'avais terriblement faim de ces au-delà.
Je découvrais de l'intérieur la Majesté de la Grande Symphonie Pastorale. J'accueillais chaque expérience nouvelle comme la nature accueille la pluie d'orage après la sécheresse. Une aube bienveillante et étonnamment familière venait éclairer mes obscurités, la vie qu'on vit, la vie qu'on meurt, la vie d'avant la vie, la vie d'à côté de la vie, la vie dans les étoiles, la vie derrière les apparences… la vie, partout la vie et toujours tellement plus la vie, en brassées si pleines parfois, enfournées à même le coeur ou dans ce qui me restait d'esprit pour en témoigner… une dilatation de tout mon être, à la limite de la rupture… jusqu'à me retrouver un jour, tel un Robinson, échoué sur une plage, étonné d'avoir survécu à tant d'exaltations.